dimanche 15 avril 2007

Transport en commun : Guerre de mots à Laval

Jeudi dernier un autobus de la Société de transport de Laval (STL) a perdu une roue dans une sortie d'autoroute. Inquiet, le syndicat des chauffeurs a immédiatement envoyé le mot d'ordre de faire inspecter la flotte. « Il faut bien comprendre que ce que nous avons à cœur, c’est la sécurité tant de nos membres que du public », a tenu à préciser Richard Ouimet, le président du syndicat, dans un communiqué.

Selon le syndicat, les passagers ont été menés à bon port. Les autobus qui étaient déjà en circulation ont complété leur trajet, ceux qui étaient au garage et au terminus Laval y sont demeurés jusqu’à ce qu’une inspection soit faite. À 11 h 50, le syndicat recevait une note écrite confirmant que l’événement résultait d’une erreur humaine. Dès midi, les chauffeurs ont repris le service. N’eut été de la lenteur de la STL à intervenir, les véhicules auraient circulé beaucoup plus tôt.

Pour le président, « la vigilance du syndicat aura permis d’éviter que ne se produise une tragédie. Les passagers sont en sécurité. Les chauffeurs veillent. »

Une grève illégale?

La direction de la STL voit les choses différemment. Pour elle, il s'agit d'une grève illégale visant à faire pression pour réintégrer un chauffeur licencier en septembre dernier pour fraude. «Quand le président du syndicat nous dit: Règle le congédiement et je vais te donner du lousse, la motivation me semble claire», a fait valoir le porte-parole de la STL, Marc Laforge, au Journal de Montréal.

Non seulement M. Ouimet nie catégoriquement avoir tenu de tels propos mais une mise en demeure a immédiatement été envoyé à la STL pour demander que M. Laforge se rétracte. Le président du syndicat précisait au Courrier de Laval que «ce dont parle la STL date de septembre dernier, si on avait eu à agir, on l'aurait fait avant.»

Qu'à cela ne tienne, la STL a déposé une plainte au Conseil des services essentiels pour que ce dernier sanctionne une grève illégale de... 2 heures! Selon Le Devoir, Transport 2000, une douteuse association d'usagers chargé de « promouvoir et défendre le transport en commun », est intervenue vendredi auprès du Conseil pour qu'il force le syndicat à dédommager les usagers de la Société de transport affectés par l'interruption de service. L'association réclame que le syndicat soit obligé d'offrir des journées de gratuité du service ou un rabais pour les abonnés.

Des journalistes mêlés... et mêlant

Toute l'affaire fut l'occasion pour nombre de journalistes de brouiller les cartes et de démontrer leur ignorance des enjeux. Jouant à fond l'anti-syndicalisme, la plupart des médias ont immédiatement fait le lien avec les négociations en cours pour les employés d'entretien et de bureau de la STL. Le Journal de Montréal (et par ricochet Canoe) a illustré son premier article sur le sujet avec la photo que vous voyiez à droite. Le titre de l'article, « Mot d'ordre syndical », et la légende de la photo (« Le syndicat, qui négocie présentement une nouvelle convention, a amorcé des moyens de pression en apposant des autocollants sur les autobus. ») semble indiquer l'arrêt de travail était délibéré et faisait partie de moyens de pression. Or, il n'en est rien. Le syndicat des chauffeurs a déjà signé sa convention collective et ce sont deux autres syndicats (dans le garage et les bureaux) qui sont en négociation! D'ailleurs, mêlés comme ils sont, la plupart des journalistes n'ont pas compris qu'il y avait 3 syndicats à la STL (même parmi les rares qui avaient compris qu'il y avait une différence entre les chauffeurs et les employés du garage, certains ont quand même fusionné les employés de bureau avec le garage en parlant d'un seul syndicat...).

Le Journal de Montréal est allez encore plus loin dans l'anti-syndicalisme et a publié le jour suivant un vox-pop des usagers. Le Journal demandait carrément aux gens s'ils avaient peur que le syndicat fasse des moyens de pression durant l'inauguration du métro à Laval! Tout pour rassurer la population. Dans l'article, l'affaire est jugée et entendue, l'incident est une grève illégale.

Plusieurs journalistes ont poussés l'odieux jusqu'à demander s'il n'y avait pas eu du sabotage sur l'autobus pour lui faire perdre une roue... Ça vole bas. Il faut vraiment avoir une idée tordue du syndicalisme pour croire que des ouvriers pourraient volontairement mettre en danger la vie d'un de leur collègue et du public dans le cadre de moyens de pression. Fort heureusement, la direction de la STL a immédiatement fermé cette porte en déclarant « nous sommes complètement derrière nos employés et certains qu'aucun geste volontaire n'a été posé. » Selon la STL, la perte de la roue était attribuable à une erreur humaine. Il y a quand même bien un bout au salissage!

Presque tous les médias ont fait le lien avec le vote de grève pris récemment à la STL sans toutefois souligner que cela ne concernait pas les chauffeurs. Tous ont également colporté la version patronale sans l'ombre d'un esprit critique (au mieux avions nous droit à un papier « objectif » rapportant les deux versions des faits). Aucun journaliste n'a jugé bon d'accorder de crédit à la version syndicale des faits. Pourtant, la perte d'une roue n'est pas un événement anodin et méritait certainement qu'on prenne le soin de faire une vérification sur la flotte. J'imagine que de présenter le syndicat des chauffeurs comme un groupe responsable, qui fait ce qu'il faut pour assurer la sécurité de ses membres et du public leur aurait crevé le coeur. Après tout, un syndicat ça peut juste être une affaire de gros bras qui prennent le public en otage. Si on sort du script, où va-t-on, je vous le demande...

1 commentaire:

Louis a dit...

Des médias comme ceux appartenant à Quebecor ou Globalmedia (TQS) font davantage pour nuire aux relations de travail au Québec qu'à peu près tout le monde combiné.

Vraiment nul ces « journalistes » là...

Le pire à mes yeux reste cependant Dutrizac. Ce gars-là mériterait de se faire expliquer les choses entre quatre yeux...