jeudi 31 mai 2007

Une réflexion intéressante...

...sur l'impact de l'ouverture au privé de la santé, notamment sur la compétitivité des entreprises. C'est extrait du blogue de Tetoine :

(...)Il me semble que selon l’adage, le recours à l’assurance privé pourra permettre à des citoyens de fréquenter des cliniques alternatives, de désengorger le système public et ainsi permettre une diminution des dépenses reliés à ce secteur. Cette dynamique permettra , éventuellement, de diminuer nos impôts et celles des entreprises, Non ?

Voilà qui pourrait soulager le “fardeau fiscal” des entreprises et nous assurer une meilleur “compétitivité”, Non ?

Et bien Non.

Non, Non et Non. Comme la poupée.

Ce qui me frappe toujours quand je vois le Conseil du Patronat s’époumonner sur le système de santé et la place que devrait y jouer le privé, c’est qu’il semble oublier qu’aux États-Unis, les entreprises ont souvent le lourd fardeau de défrayer les coûts des assurances de leurs employés.

Quoi que l’on en pense, pour une business, il est plus facile de prévoir la fluctuation du montant que l’on devra verser en impôt sur 10 ans que la fluctuation des coûts d’une assurance qu’elle devra défrayer. Surtour lorsque ce coût varie selon le nombre d’employés et les dépenses de l’année précédente.

D’ailleurs, les coûts astronomiques reliés à l’assurance-privé que le “Big Three” du monde de l’automobile devaient défrayer sont parmi les principaux facteurs ayant encouragé le développement d’usines en territoire canadien.

Ils étaient aussi une des sources de rigidité qui ont tant fait mal aux américains lorsqu’est venu le temps de se mesurer aux entreprises japonaises.

Bref, en matière de protections sociales, il n’y a pas 50 000 issues.

Si les coûts de ces protections ne sont pas financés collectivement par nos impôts, ces coûts seront alors transféré dans la sphère privé de nos activités quotidiennes.

Or, le milieu de travail demeure encore aujourd’hui un ancrage important en matière de financement des protections qui ne sont pas assurées par l’État.

Privatiser de telles protections, c’est envoyer dans le champ de la négociation collective un nouvel enjeu pour les travailleurs déjà regroupés collectivement.

(...) Privatiser de telles protections, c’est “imposer” un nouveau “fardeau” aux employeurs en ce qui a trait aux coûts reliés à leur main d’oeuvre.

En terme de relations de travail, cette décision gouvernementale pourrait être excessivement “divertissante”.

Dans l’étude des négociations, l’enjeu du paiement d’une assurance-santé privé par l’employeur mèneraient certainement à des discussion, des compromis et des conflits tout simplement “fascinant”.

Ceci dit, en tant que citoyen, je pense que ce choix ne serait pas très éclairé.

Ni pour les travailleurs, ni pour les employeurs.

1 commentaire:

jean-pierre a dit...

On a tendance à penser, et pas juste dans la droite populiste que le régime de santé qu'on a au Canada sert seulement un programme de gauche... Pourtant c'est archi faux. Comme bien d'autres programmes, je pense à l'Assurance emploi ou encore à l'accessibilité à l'éducation, cela sert à merveille les intérêts des entreprises, tantôt pour garder le couvercle sur la marmite sociale, tantôt pour améliorer la productivité des entreprises, diminuer leurs coûts et leur assurer une main d'oeuvre qualifiée...et en bonne santé.

Le conseil du patronat nage dans le court terme, comme nos politiciens. Aujourd'hui il a les yeux rivés sur les juteux profits que pourraient engranger certains de ses membres mais tantôt il réclamera un soutien accru de l'État pour soutenir les entreprises aux prises avec une inflation incontrôlable des coûts de leurs régimes d'assurance. En siphonnant toujours plus d'argent public dans les poches privés et en rognant l'universalité, les acteurs privés réclameront en retour des baisses d'impôts et moins d'État... et le cercle vicieux nous amène vite dans une situation à l'Américaine ou un contribuable sur six n'a aucun accès à des soins de santé...

La bataille syndicale et sociale pour les services publics en est une que la société québécoise ne peut pas se permettre de perdre. Pour reprendre un thème à la mode, je dirais même que nous devons la gagner au nom de l'héritage social que nous laisserons aux prochaines générations.