jeudi 21 juin 2007

Se tirer dans le pied...

Ce n'est pas parce qu'on est syndicaliste, qu'on se gargarise de beaux concepts comme la justice sociale et l'équité salariale, qu'on peut pas être à l'occasion un beau salaud. Quiconque a déjà travaillé dans un milieu où se côtoient précaires et permanents, jeunes et vieux, sait que la défense des principes de base du syndicalisme n'est pas évidente. Quoi qu'on dise, le corporatisme et le manque de vision ont la vie dure! Il est navrant de constater à quel point certains sont prêt à scier la branche sur laquelle ils sont assis... entre autre en vendant à rabais les futurs membres pour défendre le pain pis le beurre de ceux qui sont en place. Et après on se surprend que "les jeunes" ne soient pas légion dans les assemblées syndicales!

Au milieu des années 1990, le gouvernement a imposé une coupe massive dans la masse salariale pour atteindre le déficit zéro. Fin renard, Lucien Bouchard --qui avait l'expérience des négos du secteur public à l'époque des grandes grèves des années 1970-80-- a imposé une cible sans proposer de méthode unilatérale. Autrement dit, il a laissé le soin aux syndicats de proposer eux-mêmes la façon de réduire la masse salariale. Les propositions ont variés. En santé, ça a été les départs massifs à la retraite (avec le résultat que l'on connaît). Le principe c'est que les jeunes au bas de l'échelle coutent moins chers que les vieux au top de l'ancienneté. Ça se défend et ça avait le mérite d'offrir des permanences à une cohorte de jeunes précaires. C'est sur que ce genre de mesure met tout le monde dans la marde, mais tout le monde reste égal.

Ce ne fut malheureusement pas le cas de tout le monde. Certains syndicats ont choisi de refiler la facture aux jeunes. Notamment les flics mais aussi les enseignant-es. Mal leur en pris puisqu'ils ont réussi le tour de force de créer un ressac des jeunes et un fort mouvement anti-syndical dans leurs propres rangs. À la CSQ, par exemple, on a négocié un gel d'un an de la progression dans l'échelle salariale dans la convention de 1997. 27 000 jeunes profs ont été touchés, ils ont collectivement perdu 66 millions (5 000$ par tête de pipe en moyenne). De ce 27 000 profs, 12 000 ont rejoint les rangs de l'Association de défense des jeunes enseignants du Québec et ont porté plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Ouch!

La cause vient de se régler (il y a un article dans Le Devoir là dessus). Au terme d'une saga qui a duré 10 ans, la justice en a déduit que c'était bel et bien un cas de discrimination en fonction de l'âge. Sauf qu'au lieu de rembourser les profs lésés, on va créer un budget spécial de 22 millions pour permettre le perfectionnement des profs touchés par la mesure. Bref, on créé encore plus de discrimination... En plus, le budget sera géré par un comité paritaire syndical-patronal ce qui fait dire à un des représentants des jeunes profs que «c'est comme confier la gestion du fonds d'indemnisation de Norbourg à Vincent Lacroix».

Selon Le Devoir, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui était également visée par la plainte en tant que signataire de la convention collective, souligne pour sa part qu'elle n'avait pas un grand pouvoir de négociation dans l'élaboration de l'entente. Bullshit! Elle a collaboré à une injustice et c'est elle-même mise dans la merde. Il y avait d'autres options. Elle aurait pu proposer des mesures touchant également l'ensemble des profs. Elle aurait aussi pu partir sur une bataille de principe. Quitte à se faire rentrer le règlement dans la gorge. Au moins, elle n'aurait pas collaboré. À l'époque, d'autres syndicats ont fait d'autre choix. Les infirmières, par exemple, ont fait une grève illégale. Elles ont mangé une volée mais le syndicat a gardé la tête haute et n'a pas été poursuivi par presque la moitié de ses jeunes. Une grève illégale n'était pas à la porté des profs? Re-Bullshit. À la même période, à peu près, l'Alliance des profs de Montréal a fait 3 jours de grève sauvage, toute seule!, sur la question de l'équité salariale. Il faut dire qu'aujourd'hui l'Alliance a claquée la porte de la CSQ (avec le tiers des profs de la CSQ, écoeurés de la collaborationite aigue de leur fédération). Avoir voulu garder ces principes, la CSQ aurait pu. Mais elle n'a pas voulu.

1 commentaire:

André Lajoie a dit...

Je me demande quelle conséquence aura ce jugement sur les clauses orphelines qui affectent généralement les nouveaux employés, CAD les jeunes...

Est-ce que les syndicats pourront se prévaloir de ce jugement pour faire reculer les tentatives patronales de faire payer les jeunes?

Il existe des clauses orphelines qui réduisent le salaire des nouveaux employés. Ex: -20% à la première année, -10% à la deuxième, et obtienne la parité à la troisième année.