lundi 19 mars 2007

Difficile indépendance politique

Les syndicats du secteur public ne peuvent pas décemment rester indifférent à une campagne électorale, surtout quand le seul réel enjeu semble être la montée de la droite. Le hic c'est que, même si on a tendance à les associer "spontannément" au P.Q., la majorité de ces syndicats ont une tradition d'indépendance politique. Dans certains cas, par exemple les syndicats de fonctionnaires ou de professionnels qui sont au coeur de l'appareil d'État, donner une consigne de vote pourrait même être suicidaire (voir illégal). Que faire quand on ne veut (ni ne peut) appuyer le P.Q. comme la FTQ mais qu'on ne veut (ni ne peut) rester silencieux ?

Le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), qui regroupe 300 000 employé-es syndiqué-es à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), au Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et au Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), a choisi le corridor étroit de l'action politique non-partisane. Tous les partis (sans exceptions!) ont été interpellés sur leurs engagements concernant les services publics et une tournée d'assemblées d'information, ouverte au grand public, a été organisée. Dimanche, les leaders de ce regroupement rendaient public le résultat de la démarche. L'analyse complète des programmes des partis est ici.

Des syndicalistes inquiet-es

Soyons clair, le SISP est inquiet et veut tirer la sonnette d'alarme : «le résultat de l’élection du 26 mars prochain pourrait représenter un danger réel pour le maintien des valeurs de justice sociale, d’égalité et de solidarité qui ont toujours caractérisé le modèle québécois et qui sont assurées à travers la dispensation de nos services publics.»

Les leaders du Secrétariat avait sollicité des rencontres avec les cinq partis en lice mais ils n'en ont finalement rencontré que trois. Inutile de dire que les syndicalistes sont extrêment déçus. « Au Parti libéral du Québec, nous avons eu des contacts téléphoniques avec l’entourage de M. Jean Charest sans pouvoir ficeler une rencontre sous prétexte que la formule proposée ne convenait pas. Du côté de l’Action démocratique du Québec (ADQ) et de son chef, M. Mario Dumont, nous n’avons même pas eu droit à un simple accusé de réception à la lettre faisant part de notre demande de rencontre. Le silence de M. Dumont nous en dit plus long que tous ses discours sur le type de relations qu’il souhaite entretenir avec les employés de l’État s’il est porté au pouvoir », indiquent les chefs du SISP dans un communiqué.

Une élection historique (?)

« Cette élection est historique au Québec, non pas tant parce que trois partis politiques sont pratiquement à égalité dans les sondages, mais surtout parce que c’est la première fois que l’enjeu est aussi important. Le choix que les Québécoises et les Québécois feront le 26 mars prochain pourrait avoir des conséquences majeures sur le maintien de services de santé et d’éducation universels et de qualité et sur une multitude d’autres services indispensables offerts par la fonction publique québécoise », affirment les dirigeants syndicaux.

Pour le SISP, les propositions de l'ADQ et du PLQ éloigneraient le Québec des valeurs qui sont chères aux citoyen-nes. Les syndicalistes rappelent qu'un sondage CROP avait démontré que 57% des gens étaient plutôt solidaires que lucides. « L’expérience vécue depuis 2003 avec un gouvernement libéral nous a démontré sa capacité de déconstruction et d’affaiblissement de l’État québécois. Quant à l’ADQ, il y a un danger encore plus réel. Le pire, c’est que c’est la classe moyenne et les gens les plus vulnérables qui seraient les grands perdants des mesures proposées tant par le PLQ que par l’ADQ », soutiennent les leaders du SISP.

Le choix entre le statu quo ou un virage à droite

Pour les syndicalistes, le 26 mars, les citoyen-nes auront à faire le choix entre le statu quo et une redéfinition du modèle québécois. Pour le SISP, les choix sont loin d'être insignifiant. « Veut-on d’un système de santé où l’on ouvrira encore plus la porte au privé avec pour conséquence qu’il faudra payer pour recevoir des soins ou pour contourner les listes d’attente ? Souhaite-t-on vraiment la disparition des commissions scolaires, ce qui mettra en danger la survie de plusieurs écoles dans certaines régions faute d’un partage de la richesse comme c’est actuellement le cas ? Sommes-nous vraiment d’accord avec le développement d’un système de services de garde parallèle qui ne peut que mettre en péril le service actuel ? Peut-on vraiment accepter qu’on diminue encore plus le nombre de fonctionnaires et de professionnels du gouvernement sachant que cela aura des conséquences indéniables sur les services à la population avec des dangers certains pour la sécurité des citoyens (transports, environnement, etc.) ? », questionnent les leaders syndicaux.

Malgré cette charge à fond de train contre l'ADQ et le PLQ, les syndicalistes n'appelent pas officiellement à voter PQ. Les leaders syndicaux appelent plutôt leurs membres et la population à voter dans le sens de leurs intérêts. « Avec les enjeux sérieux qui sont dans la balance, le résultat de cette élection pourrait changer le visage de la société québécoise. La population doit choisir d’un côté entre les valeurs de justice sociale et de solidarité garanties par le PQ, QS et le PV, ou de nouvelles valeurs plus individualistes encouragées par le PLQ et l’ADQ. C’est le choix qui se pose devant nous le 26 mars prochain », concluent les chefs syndicaux du SISP.

* * *

La conclusion que le commun des mortels tirera de cet exercise est sans doute que les syndicats essaient de donner un coup de pouce au PQ à la fin d'une campagne pénible. Ça cadre bien avec l'appel au ralliement des progressistes lancé samedi à Québec par Boisclair. Évidemment, l'absence de toute critique du PQ renforce cette impression. Et pourtant, en cours de campagne le SFPQ a quand même publié quelques communiqués critiques du PQ. Dans le même ordre d'idée, il est surprenant que la CSQ, qui avait été très mordante contre Boisclair avant le déclenchement des élections, n'ait rien à dire sur le PQ et la réforme scolaire... Ce peut-il que nos leaders syndicaux aient la chienne au point de taire toutes leurs critiques du PQ ?

1 commentaire:

Louis a dit...

Notre système politique actuel ne permet pas de diviser le vote. Nous devons nous unir pour s'opposer à la montée de l'ADQ. Si cela signifie voter PQ en se pinçant le nez, je crois qu'il faudra peut-être le faire, tout comme les Français ont voté Chirac pour contrer Le Pen...