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mardi 27 novembre 2007

ConscritEs!

Il paraît que le gouvernement du Québec jongle avec l'idée d'abolir le droit de grève dans le transport en commun. Tout ça parce que les chauffeurs de la STM ont pris un mandat de grève et que les mécanos l'ont fait l'an passé. À mon humble avis c'est une très, mais alors là très mauvaise idée.

Un droit fondamental

Qu'on le veuille ou non, le droit de grève est un droit fondamental. Les travailleurs et les travailleuses ont obtenus de haute lutte le droit de se regrouper en syndicat et de négocier collectivement leurs conditions de travail. C'est l'une des applications de la liberté d'association. Or, sans possibilité d'exercer un rapport de force, sans droit de grève, les libertés syndicales ne sont rien. D'ailleurs, le Québec et le Canada ont signés des pactes internationaux qui garantissent le droit de grève.

Abolir le droit de grève est une atteinte grave aux droits et libertés. Un geste autoritaire nous faisant reculer 50 ans en arrière. Surtout que le droit de grève est déjà sévèrement restreint par la loi des services essentiels. Actuellement, rien ne justifie une telle mesure. La réalité c'est que le militantisme syndical dans le transport en commun n'est plus que l'ombre de lui-même et que les grèves sont très rares. Par exemple, si les chauffeurs de la STM mettent leurs menaces à exécution ce serait leur premières grèves depuis 20 ans!

Une menace à la paix sociale

De plus, il est loin d'être sur que l'abolition légale du droit de grève abolirait les grèves... En effet, rien n'indique que face à des situations de négociations bloquées les syndiquées n'opteraient pas pour des grèves sauvages. C'est ce qui s'est passé à New York notamment. Là bas le droit de grève est abolit dans les transports en commun. Pourtant, les syndiqués ont fait grève en 2005. Trois jours de grève ont suffit à obtenir gain de cause. Bien sur, la grève était illégale mais elle était aussi TOTALE. Entre les petites grèves circonscrites d'aujourd'hui et le risque de la désobéissance civile, il me semble que j'y penserais à deux fois si j'étais le gouvernement...

En conclusion, je note que, pour l'instant, personne ne semble proposer rien pour remplacer le droit de grève. Il y a actuellement un équilibre dans les relations de travail dans le transport en commun. En abolissant le rapport de force des syndiqués, on rompt l'équilibre. Que faire pour le rétablir? Traditionnellement, dans les groupes où le droit de grève est abolit, ça passe par un arbitrage obligatoire et exécutoire. Sauf que, dans ce cas là, oubliez ça d'imposer des objectifs politiques comme le fait actuellement la Ville de Montréal.

lundi 12 novembre 2007

Penser l'éducation

Des lecteurs m'ont envoyé l'opinion suivante:

Penser l'éducation

Collectif étudiant

Nous, étudiants, croyons nécessaire d'alerter la communauté et le public sur l'asphyxie de notre système universitaire, mais aussi, et surtout, sur la tranquille mort de l'Université comme moteur social.

En 2005, nous sommes descendus dans la rue, scandant un chiffre, réclamant une somme d'argent. Pourtant, le débat était parti de l'idée plus large de la hausse des frais de scolarité et de l'accessibilité à l'éducation. Puis, tranquillement, nous avons emprunté le langage de la gestion. Nous sommes passés de penseurs à gestionnaires.

Nous avions cru que la situation des universités était catastrophique pour des raisons monétaires, pour des raisons de budget. Cette situation ne nous échappe pas davantage aujourd'hui qu'alors, mais nous n'oublierons pas cette fois-ci que ces raisons sont les conséquences du manque de positionnement philosophique de nos dirigeants face à ce que devrait être une université. L'Université ne doit pas être gérée, elle doit être pensée.

Aujourd'hui, nous sommes à nouveau en grève et nous appelons à l'urgence de reconsidérer la fonction que l'on attribue à l'université. Le rôle de l'Université n'est pas limité à former des professionnels ou à assurer un meilleur revenu à ceux qui la fréquentent. L'éducation, c'est la transmission du savoir, de la curiosité intellectuelle et du désir de mieux comprendre le monde qui nous entoure. La dévalorisation de la réflexion et du savoir au profit d'une vision gestionnaire et d'une culture de la performance est la négation des principes qui ont assuré la pérénité de l'Université depuis sa création au Moyen-Âge.

Dans les années 1960, au Québec, la création de l'UQAM marquait l'aboutissement d'une grève étudiante qui réclamait l'accessibilité globale au savoir. En cela, elle greffait à la fonction ancienne de l'Université des idées modernes de démocratie. On pourrait prétendre que la création de l'UQAM fut un grand moment de l'histoire québécoise, mais ce dont nous sommes certains, c'est que son déclin actuel révèle au grand jour la crise de la pensée qui infecte et contagie notre classe dirigeante.

Augmentation des frais administratifs dits afférents, avec diminution en qualité et en quantité des services aux étudiants; intention de surcharger des classes déjà pleines parce que chaque nouvel élève est un revenu supplémentaire; fermeture des laboratoires la fin de semaine par souci d'économie: chaque remède appliqué à la crise financière ne fait que masquer la crise philosophique qui la sous-tend, et la nourrit.

Ainsi nous retournons en grève. Nous le faisons pour que nos dirigeants qui se disent concernés par l'éducation assument ce qui leur tient à coeur; pour qu'ils entament une réflexion profonde sur les liens que le savoir et la culture entretiennent avec l'épanouissement d'une société, la nôtre, celle qu'on laissera en héritage. Nous sommes convaincus que ces liens sont forts et inextricables. Il appartient à tous de ne jamais l'oublier.

Signataires:
Philippe Blouin
Dominique Charron
Mathieu Charlebois
Guillaume Martel LaSalle
André Perron
Olivier Savary
Fannie St-Cyr

jeudi 9 août 2007

Connaissez-vous le PSP?

(extrait du site du SFPQ)

S’agit-il d’un produit toxique à l’image du DDT? D’une société secrète?

À vrai dire, la réponse est oui et non… En fait, le Partenariat nordaméricain pour la sécurité et la prospérité (PSP) pourrait s’avérer une autre toxine qui s’attaque sournoisement et à petit feu à la démocratie. Il subordonne davantage la souveraineté et le droit démocratique des peuples aux droits des investisseurs. Le PSP est formé d’une élite économique qui évolue dans le plus grand secret et qui dicte sa vision directement aux dirigeants politiques en contournant les parlementaires dûment élus.

Ce partenariat s’inscrit dans le prolongement de l’Accord de Libreéchange nord-américain (ALÉNA) et vise à harmoniser de nombreuses politiques internes et étrangères du Canada, du Mexique et des États-Unis. Il est né officiellement en mars 2005, sous le couvert de vouloir protéger les citoyennes et les citoyens de la menace du terrorisme et de faciliter le commerce.

Ce partenariat vise l’adoption de mesures importantes telles qu’une intégration plus grande des marchés nord-américains de l’énergie, l’harmonisation du traitement à l’endroit des immigrants et des personnes réfugiées ou des touristes étrangers et la création de politiques communes de sécurité. Le PSP vise également à harmoniser les normes dans les secteurs régissant la santé, la sécurité alimentaire et l’environnement, et ce, dans les trois pays.

Une nouvelle phase du néolibéralisme

Le PSP implante une nouvelle phase du néolibéralisme. En effet, il permet aux dirigeants des plus grandes entreprises des trois pays non seulement de participer aux négociations, mais aussi de définir les objectifs et les moyens pour les mettre en oeuvre. Les trois chefs d’État et les neuf ministres (trois par pays) sont chargés de réaliser ces orientations, soit en apportant des changements réglementaires ou législatifs, soit en adoptant des politiques économiques particulières.

Pour ce faire, les leaders politiques ont créé le Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC), qui regroupe 30 membres du secteur privé, dix par pays, nommés par leur chef d’État respectif. Par exemple, le Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE) y côtoie des dirigeants d’entreprise de Lockheed Martin, Merck, New York Life, Wal-Mart et Power Corporation. Le pouvoir politique du secteur privé n’est certes pas nouveau, mais avec le PSP, il devient institutionnalisé.

Une étude du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) révèle que les groupes de travail du PSP, dont dix portent sur le volet prospérité et neuf sur le volet sécurité, évoluent bien loin du regard public. Toutefois, il y a encore pire; les pouvoirs exécutifs suivent religieusement les recommandations qui émanent du CNAC. Thomas d’Aquino, président directeur du CCCE, ne s’en cache d’ailleurs pas : « Le PSP crée un cadre qui permet de garantir le maintien des orientations économiques adoptées, malgré les changements de gouvernement ».

Le cas des ressources naturelles et de la sécurité énergétique en est un bel exemple. En effet, l’approvisionnement énergétique des États-Unis est devenu prioritaire et c’est notamment en multipliant par cinq, d’ici 2015, la production des sables bitumineux de l’Alberta que le PSP est en train de fixer la politique énergétique et environnementale du Canada. À cet égard, soulignons que l’Alberta est déjà responsable de 37 % des gaz à effet de serre du Canada.

De plus, pour produire un baril de pétrole, il faut extraire quatre tonnes de terre et de sable et utiliser entre deux et cinq barils d’eau. Alors imaginez la catastrophe environnementale! Des 56 personnes qui ont participé aux rencontres et proposé ces orientations, aucune n’était élue. Cette annonce a été faite au lendemain de l’élection canadienne du 23 janvier 2006, alors que le gouvernement libéral de Paul Martin venait de perdre le pouvoir et que celui de Stephen Harper n’était pas assermenté!

Encore une fois, les droits civilss’effritent au profit de ceux des plus grandes corporations. C’est aussi la consécration de l’effritement démocratique et de la perte de pouvoir à la fois des parlementaires et de la population. Le Réseau québécois sur l’intégration continentale, qui regroupe plus de vingt organisations sociales du Québec provenant de milieux syndicaux, communautaires et populaires, étudiants, environnementaux, de femmes, de droits humains et de développement international, est donc très inquiet et veut agir pour mettre le PSP en échec.

Le premier élément de toute action est l’information. Celles et ceux qui souhaitent en savoir plus peuvent consulter l’argumentaire du RQIC sur le PSP au http://www.rqic.alternatives.ca/.

Il y a de quoi s’indigner!

(Source: SFPQ)

* * *



Hier j'ai assisté à soirée politico-culturelle portant justement sur le PSP et la mobilisation contre le Sommet de Montebello. Je suis très heureux de constater qu'il y a au moins un syndicat qui en parle. Par contre, je suis assez déçu de voir qu'il n'est absolument pas question des mobilisations actuellement en cours. Encore une autre opportunité de convergence de perdue! Infos sur la mobilisation québécoise contre le Sommet de Montebello et le PSP.

lundi 6 août 2007

À signaler - J’accuse... les marchands d’esclave et les clients mangeurs d’hommes

Un lecteur de ce blogue à eu la gentillesse de m'envoyer une excellent texte d'opinion paru dans Le Soleil de samedi mais qui n'a jamais trouvé le chemin de Cyberpresse (n'hésitez surtout pas à faire comme lui si vous voyiez de quoi d'intéressant passer qui m'aurait échappé!). Personnellement ça me rassure de voir des gens écrire ça, surtout que ça vient d'un prof de... gestion des ressources humaines!

J’accuse... les marchands d’esclave et les clients mangeurs d’hommes

Dans un article publié récemment par Le Soleil nous apprenions que le directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère a décidé de ne plus recourir à l’aide des travailleurs saisonniers mexicains sous prétexte que ces derniers chercheraient à se syndiquer pour améliorer leurs conditions de travail.

À titre de professeur en gestion des ressources humaines nous ne cessons pas d’enseigner à nos étudiants qu’en ce début de XXIe siècle le principal avantage compétitif des organisations repose sur leurs employés et qu’en conséquence, nous devons apprendre à les considérer humainement en tâchant de respecter tout aussi bien leurs droits que leurs besoins et leurs limites aussi bien physiques que psychologiques.

N’est-il pas paradoxal de constater que simultanément certains hauts dirigeants décident pour leur part de se transformer en marchands d’esclave en reniant explicitement le droit des individus salariés de se regrouper en syndicat? Cela ne serait-il pas, finalement, que l’aboutissement ‘normal’ (mais abject!) d’une longue histoire ponctuée au fil des ans d’exploitation, d’insalubrité de résidences et de violence envers les travailleurs saisonniers en provenance d’Amérique latine?

En 1988 l’Organisation Internationale du Travail a publié en grande pompe une déclaration universelle relative aux principes et droits fondamentaux au travail vantant l’engagement des gouvernements, des organisations d’employeurs et des organisations de travailleurs de respecter la liberté d’association et la reconnaissance effective du droit de négociation collective.

Comment est-ce donc possible que presque 20 ans plus tard une telle ignominie soit encore permise sur ces terres que certains ont déjà qualifiées de ‘plus meilleur pays du Monde’?

Bien entendu les marchands d’esclave ne pourraient pas continuer leur œuvre de destruction massive en toute impunité s’ils n’étaient pas cautionnés par des millions d’autres supporteurs que sont les clients mangeurs d’hommes. Soucieux de payer leurs fruits et légumes au plus bas prix possible, ces clients ‘walmartiens’ ferment volontairement les yeux sur l’une des plus grandes atteintes à la liberté et à la dignité humaines au travail.

D’ici les prochaines semaines la Commission des relations du travail du Québec devra déterminer si les employés saisonniers d’origine étrangère travaillant dans les fermes québécoises ont bel et bien le droit de se syndiquer pour tenter d’améliorer leurs conditions de travail. En attendant ce jugement crucial nous ne pouvons que penser qu’en ce début de troisième millénaire l’avenir s’annonce décidément très sombre pour les ressources humaines et pour l’Humanité toute entière. Honte à nous tous, infâmes clients mangeurs d’hommes!


François Bernard Malo (D.Sc.)
Professeur de gestion des ressources humaines
Département des relations industrielles de l’Université Laval

mardi 31 juillet 2007

Dur à suivre le «camarade» Hébert

Pour la deuxième fois en deux mois, le président général du SFPQ réplique au journaliste du MédiamatinQuébec, Michel Hébert, afin de rectifier les propos qu'il a tenus dans sa chronique du 18 juillet dernier intitulée « Plus d’ingénieurs, S.V.P.! ». Sur les conseils du journaliste en lock out, il faudrait tout simplement que le ministère des Transports délaisse au privé ses petits travaux d'entretien... Mais à quel prix?

Pour la deuxième fois en deux mois, je me dois d’intervenir afin de rectifier les propos du « camarade » Hébert dans sa chronique du 18 juillet dernier intitulée « Plus d’ingénieurs, S.V.P.! ». Je ne veux surtout pas réclamer une chronique régulière, mais je désire rétablir certains faits.

M. Hébert reconnaît d’abord qu’on ne peut blâmer les ingénieurs qui doivent composer avec des compressions budgétaires depuis au moins 15 ans. Puis, il explique que c’est sous la pression politique que le ministère a développé les mauvaises habitudes de gestion qui lui sont aujourd’hui reprochées. Encore mieux, il écrit que la commission Johnson nous a appris jusqu’ici que c’est l’entreprise privée qui a mal fait son travail, et non pas les fonctionnaires, car c’est elle qui a mal installé la structure.

Mais là où il devient dur à suivre, c’est lorsqu’il en déduit que le ministère des Transports (MTQ) devrait revoir toute sa mission, se délester des emplois mal rémunérés « créés jadis au nom du partage de la richesse » et laisser tomber les travaux routiers ou le traçage de lignes blanches. Selon lui, le ministère devrait laisser à l’entreprise privée ces petits travaux d’entretien.

Voici quelques informations qui nous proviennent de nos membres sur le terrain. À Québec, le MTQ paie pour un technicien en inspection de structures fourni par le privé (Roche ltée, Groupe-conseil, pépinière bien connue de candidats pour le Parti libéral), la somme de 82 560 $ pour une période de travail de six mois. Au MTQ, un technicien de surveillance de structure gagne 46 000 $ pour toute l’année et coûte autour de 50 000 $ en ajoutant les bénéfices marginaux.

Au Centre de services de Beauceville, le devis estimatif pour le scellement des fissures sur les routes est de 0,97 $ à 1,33 $ du mètre. En comparaison, le privé demande 2,25 $ du mètre. En une saison, ceux que M. Hébert appelle « les concierges », scellent environ 200 000 mètres de fissures. En calculant une différence de 1 $ du mètre, c’est bien 100 000 $ qu’ils font épargner au MTQ.

Un autre exemple. Les employés du MTQ ont effectué le déneigement des routes 173 de Sainte-Marie-de-Beauce à Saint-Georges-de-Beauce, 108 de Beauceville à Saint-Évariste et une section de la route 171 pour 7 800 $ du kilomètre. L’entreprise privée demandait 9 800 $ du kilomètre. Laissons le camarade Hébert faire ses calculs, mais soulignons que les maires et les préfets de la région, satisfaits du travail exécuté, appuient les employés du ministère pour qu’ils continuent à effectuer le déneigement. C’est 2 à 0 pour « les concierges ».

Enfin, l’automne dernier, cinq ponceaux étaient à réparer en urgence à la suite de l’érosion des 9 et 10 mai 2006 dans le secteur de Beauceville. Le MTQ évaluait le coût des travaux à 297 000 $ pour les cinq ponceaux. Après avoir été en appel d’offres, l’automne dernier, la soumission du plus bas soumissionnaire s’établissait à 453 000 $. Dans son rapport écrit, l’ingénieur du MTQ a recommandé que trois ponceaux seulement soient réparés pour la somme de 280 000 $, ce que le ministère s’attendait à débourser pour les cinq. Les deux autres ponceaux feront l’objet d’un autre appel d’offres cette année. Le privé a malgré tout obtenu le contrat pour effectuer les travaux parce que le ministère n’avait pas le personnel pour le faire. Ce qui démontre bien que soutenir l’idée que le MTQ a besoin de plus d’ingénieurs que de concierges, comme l’affirme Michel Hébert, est un faux problème. Dans les faits, la sous-traitance coûte plus cher aux contribuables et cette pratique est solidement implantée au MTQ.

Par ailleurs, dans son Plan pluriannuel de main-d’œuvre, le MTQ souligne que le nombre de départs à la retraite au cours des trois prochaines années, estimé à 511, aura pour effet de réduire ses effectifs de 255 employés selon la règle du 1 sur 2 établie par le Conseil du trésor. Et ce, malgré le fait que les besoins identifiés par le MTQ se chiffrent à 634 nouvelles embauches. Ce sont les gestionnaires du ministère qui écrivent, en conclusion du plan pluriannuel, qu’il « devient impératif de combler les besoins exprimés par les gestionnaires dans les plus brefs délais ». Monique Jérôme-Forget saura-t-elle les écouter? Je l’espère. Le MTQ a besoin non seulement d’ingénieurs, mais de toute une équipe de travailleurs de différentes catégories d’emploi pour accomplir sa mission.

Michel Sawyer
Président général
Syndicat de la fonction publique du Québec

(Opinion publié ce matin dans le MédiaMatin Québec)

Source: SFPQ

dimanche 22 juillet 2007

Vacances, un beau projet

Une dernière réflexion pour ne pas bronzer idiot...

Les vacances sont un temps béni. Rupture du temps de la quotidienneté. De l’affairement et du devoir. Le travail y suspend sa cadence. Chacun est invité au voyage, au regard dépaysant. À la marche lente de celui ou celle qui n’a plus de but, sinon de goûter le temps qui passe. Le paysage révèle ses recoins qu’il gardait jalousement secrets. Les choses dévoilent un peu de leur chair, leur peau douce et désirante. La mer sauvage et nue, la montagne touffue ou rocheuse, rebelle, la campagne odorante, habitée par les voix multiples des bêtes et du vent, la ville sage et heureuse, un chez-soi d’ombre et de silence, des livres qui tendent leurs bras et nous chuchotent des mots tendres, qu’on aime à entendre encore et encore. C’est aussi le temps de l’amitié, des jeux et d’un autre travail inutile qui reprend ses droits. Chemin sans but, lent écoulement de présences fraternelles.

Les vacances sont l’acquis de luttes ouvrières. Enchaînés à la production dévorante, à la cadence incessante du profit et de la matière, les travailleurs en ont fait une revendication libératrice. Ils ont arraché du temps pour soi. Les patrons ont négocié ce temps consacré à la reproduction des forces de travail. Mais, pour les travailleurs, cela signifiait aussi autre chose : gagner son pain, ce n’est pas seulement ce qui compte. La gauche porte comme rêve éveillé et tenace l’avènement d’une société libre et égalitaire, où le travail s’épanouit dans la vie politique et collective, dans l’activité artistique et artisanale, c’est-à-dire délivrée de l’exigence productive et rentable. La vie dans la liberté.

Le temps c’est de l’argent, dit le vieil adage capitaliste. Les gens d’argent et de pouvoir aiment joindre l’utile à l’agréable, fondre vacances et travail. L’image des hommes d’affaires jouant ensemble une partie de golf n’est pas seulement d’Épinal. Elle traduit leur centration sur le profit. Rien ne peut lui échapper. C’est là tout l’enjeu.

Combien encore jouiront de peu de vacances, asservis à des semaines harassantes? Combien rêveront d’être délivrés de la chaîne du temps? Combien ne pourront pas même penser à ce repos, encore moins le prendre, contraints par les conditions de travail, forcés à faire tourner la roue du profit des autres? Combien ne pourront s’arrêter parce qu’ils courent et triment pour simplement survivre? La misère ouvrière est toujours bien présente. Même si on sait la cacher.

Les vacances sont au cœur d’un projet de société. Elles rappellent deux choses essentielles. Un, que les rôles sociaux, les fonctions quelles qu’elles soient, ne clôturent pas le cycle de vie. La vie est ouverte à autre chose qu’à la nécessité et aux besoins. Elle est ouverte à soi, aux autres qui nous habitent, au tout Autre qui creuse en nous le désir et la parole. Cette ouverture est la texture même de l’existence. Le rêve est en cela la face cachée du besoin, la brèche de la réalité d’où sourdent des voix de la nuit des temps, des vaincus, des broyés des pouvoirs implacables et des laissés-pour-compte, des multitudes laissées en rade par les maîtres pressés du présent. Leurs voix plus fortes que la mort et leur silence imposé, contre vents et marées, professent une chose qui nous lient à eux, comme des êtres sans destin : le monde où chacun est jeté dans l’existence doit devenir, par l’action libre et solidaire, sœur du rêve, une habitation humaine pour tous. Et le bonheur est dans cette œuvre.

L’autre chose que les vacances révèlent, corollaire de ce qui précède : le monde qui nous entoure n’est pas qu’un inventaire de marchandises ou de matières premières, de ressources exploitables, renouvelables ou non, énergies potentielles livrées à la production sans fin. Le monde est musique, danse, chant, jeu, parole et poème. Il est cette chair qui nous permet de toucher les choses et les êtres, faite de symboles, d’images, de mots hérités autant que de matières. L’appel de façonner le monde en habitation humaine vient du dedans de nous, certes, parce que c’est la seule manière d’être véritablement soi, mais il provient aussi du profond du monde lui-même : de la mémoire têtue des révoltes passées, des croix levées sur les passages des maîtres, des monceaux de têtes qui s’amoncellent sous leur palais. Devenir soi, c’est aussi faire siennes ces voix, faire qu’elles n’aient pas crié en vain.
Juillet signifie pour l’équipe de Relations vacances. Août le retour au travail. L’un et l’autre de ces temps tissent pour nous ce même désir de vivre et d’être humains.

Jean-Claude Ravet (7 juin 2006)


Les radicaux ne sont pas toujours où l'on pense. Ce texte est extrait de la revue Relations (publié par des cathos de gauche, sous le patronage des jésuites!).

mercredi 18 juillet 2007

Pour une économie de 60 000$, on se prive de retombées de 45 millions $

Je ne sais pas trop ce qui se passe avec Le Soleil mais, alors que les pages opinions de la version papier sont réduite à leur plus simple expression (une page au lieu de deux), le site web déborde de textes intéressants. Lundi, par exemple, ils ont publiés trois textes de syndicalistes coup sur coup. J'en ai déjà publié deux (ici et ici), en voici un troisième.

Pour une économie de 60 000$, on se prive de retombées de 45 millions $

Par Martin Lambert
Président du syndicat usine TCA 911

J'ai pris quelques jours de réflexion avant de me décider à répondre aux allégations des conservateurs. Quelques jours pour voir si j'étais seul à croire que ce gouvernement n'avait rien compris et qu'ils se moquaient de la population et des citoyens.

La semaine dernière, le syndicat représentant les employés de Prévost Car organisait une conférence de presse pour dénoncer le fait que le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait décidé d'octroyer un contrat de fabrication de 30 autocars à une firme allemande. Le message envoyé par le syndicat n'était pas teinté de chauvinisme : nous ne réclamons pas de droit ce contrat, mais nous soulignions que, dans le contexte de la crise qui sévit dans le secteur manufacturier tant au Québec qu'au Canada (240 000 emplois perdus en 4 ans!), le minimum acceptable aurait été que le gouvernement accorde ce contrat à l'un des deux manufacturiers canadiens d'autocars.

Mais non! Pour une simple question de coût, notre bon gouvernement se fera livrer ses autocars par bateau de l'Allemagne! Sans aucune retombée économique pour le Canada. Même pas pour l'entretien de ses véhicules!

Une décision odieuse, irrespectueuse

Déjà que la décision est à mon avis odieuse et irrespectueuse pour les contribuables canadiens, les explications fournies par le député conservateur de Lévis/Bellechasse et par le ministre des Travaux publics sont scandaleuses.

Reprenons-les une à une. M. Blaney mentionne que le gouvernement a bien agi car les règles ont été suivies à la lettre en choisissant le plus bas soumissionnaire. Il ajoute que de toute façon, Prévost Car n'aurait pas eu le contrat, car il existe un écart de 25 000$ entre le prix de Prévost et le prix du plus bas soumissionnaire, soit celui de SETRA, la firme allemande.

M. Blaney, le syndicat n'a jamais dit que les règles n'avaient pas été suivies à la lettre.... Nous affirmons que cette règle n'a aucun sens! Qu'elle n'aurait jamais dû s'appliquer si votre gouvernement avait eu à coeur l'intérêt des Canadiens et des Québécois. De plus, nous ne réclamons pas le contrat (pour nous-mêmes), nous réclamons que les biens fournis pour le gouvernement canadien soient de fabrication canadienne afin d'encourager les entreprises et les salariés qui paient des impôts !

Une bonne affaire? C'est nous prendre pour des imbéciles !

Comme si ces déclarations n'étaient pas suffisantes, le ministre des Travaux publics, Michaël Fortier, en a ajouté en disant : «C'est une bonne affaire!». M. Fortier, allez répéter cela aux salariés de MCI à Winnipeg! Ce manufacturier n'avait que 2000$ d'écart par véhicule dans cette soumission! Dites aux Canadiens et aux Canadiennes que, pour une différence de 60 000$ sur un contrat de 15 millions $, ils ont fait une bonne affaire! C'est carrément nous prendre pour des imbéciles!

Vous n'êtes pas sans savoir qu'un dollar investi dans un emploi manufacturier donne une injection indirecte de trois dollars dans l'économie. Comment pouvez-vous qualifier de « bonne affaire » le fait de priver l'économie canadienne de 45 millions $ en retombées économiques!

J'ajouterais que pour considérer que cette décision était une bonne affaire, il faut regarder plus que le prix et les retombées économiques. Il faut prendre en considération le produit que l'on achète de même que le service que nous aurons après notre achat.

Un autocar, c'est comme une voiture! Plus on veut de qualité et de fiabilité, plus il faut payer! Vous ne trouverez jamais une Chrysler 300 au prix d'un Avéo. Avez-vous vraiment regardé cela en choisissant votre fournisseur M. Fortier? Avez-vous considéré qu'un Prévost est la crème des autocars et que vos soldats méritent bien de se promener dans ce qu'il y a de mieux? Lorsque vos autocars briseront, M. Fortier, où irez-vous les faire réparer? Lorsque vous aurez besoin d'une pièce de remplacement, y aura-t-il un avion nolisé du gouvernement pour vous livrer cette pièce en provenance d'Allemagne?

Nous sommes plus de 1400 travailleurs et travailleuses à Sainte-Claire dans le comté de M. Blaney et je peux vous garantir que plusieurs se souviendront que le Parti conservateur a exporté nos emplois et ceux des gens de Winnipeg. Que votre gouvernement préfère faire des chômeurs plutôt des que travailleurs et travailleuses fièrs de vivre ici !

À propos du 40% de québécois qui ne paient pas d'impôt

Dans les débats sur les baisses d'impôt, un chiffre revient tout le temps : 40%. C'est le nombre de québécois qui ne paient pas d'impôt. Un texte publié ce matin dans Le Devoir nous apprend que ce chiffre est "largement une construction rhétorique pour évoquer l'image d'une large frange de profiteurs qui tirent avantage des efforts des autres sans jamais contribuer et pour disqualifier symboliquement une bonne part de ceux qui s'opposent à des baisses d'impôt". Bref, de la propagande.

Personne ne le dit jamais, mais la moitié (48 % en 2004) de ces contribuables qui ne paient pas d'impôt ont des conjoints. Ils ont donc de bonnes chances de vivre dans un ménage qui paie de l'impôt. Un cinquième de ces contribuables non imposés (18 %) a par ailleurs moins de 25 ans. Parmi ceux-ci, un bon nombre se préparent probablement à payer de l'impôt durant plusieurs années. Et puis, bien sûr, il y a les plus de 65 ans, qui représentent le quart (26 %) des contribuables non imposés et qui, pour la plupart, ont plusieurs années de contributions derrière eux.

Mais qui donc veut des baisses d'impôt?

lundi 16 juillet 2007

Oui, les travailleurs agricoles immigrants peuvent se syndiquer

Une lettre ouverte de Wayne Hanley, président national des TUAC Canada. Je l'ai trouvé sur le site du Soleil (mais pas dans la version papier...).

La récente décision de la Commission des relations de travail du Manitoba d'accorder l'accréditation syndicale aux travailleurs agricoles de Mayfair Farms, à Portage La Prairie, était non seulement une décision juste, mais aussi totalement en harmonie avec un jugement rendu le 8 juin par la Cour suprême du Canada à l'effet que le droit de négociation collective est garanti à tous les travailleurs et travailleuses canadiens en vertu de la Charte des droits et libertés.

Et oui, cela inclut les travailleurs agricoles !

De déclarer que cela devrait être laissé uniquement à notre gouvernement fédéral et aux gouvernements étrangers promoteurs à déterminer ce qui convient le mieux à ces travailleurs est non seulement paternaliste, mais cela fait abstraction des lacunes systémiques de cet arrangement qui existe depuis les 30 dernières années. Nous en sommes pertinemment au courant car, au cours de la dernière décennie, les TUAC Canada ont consigné en dossiers des centaines de rapports de travailleurs migrants qui sont venus à nos centres d'appui en Ontario et au Québec en raison d'un manque chronique de surveillance et d'application de conditions de travail et de vie sécuritaires et décentes pour bon nombre d'entre eux.

Trop souvent, les salariés qui expriment leurs préoccupations à leur employeur, ou qui s'adressent à leurs agents consulaires locaux in Canada, se font aussitôt rapatrier, et ce, à leurs frais. D'autant plus inquiétantes sont les récentes démarches du gouvernement fédéral d'accroître le recours aux nouveaux programmes de travailleurs étrangers temporaires offrant encore moins de supervision et de protection que les travailleurs agricoles migrants ont présentement.

Les personnes qui effectuent du travail difficile, dangereux et ankylosant méritent certainement d'avoir un mot à dire relativement à leur milieu de travail. Sans convention collective, les travailleurs migrants au Canada n'ont aucune voix.

En ce qui concerne l'argument bidon que ces travailleurs ne bénéficieraient peut-être pas d'un contrat de travail parce que l'employeur ne les feraient pas revenir l'année suivante, l'une des priorités d'une convention collective serait de négocier un système d'ancienneté et de rappel qui interdirait à l'employeur d'entraver le retour d'un employé à la prochaine saison sans motif valable.

En dernier lieu, les provinces où se trouvent les travailleurs migrants ne devraient perdre aucun temps à s'assurer que la législation du travail et la réglementation en matière de santé et sécurité, ainsi que les documents de formation ayant trait aux dangers en milieu de travail soient disponibles dans la langue de ces travailleurs avant leur arrivée chaque saison.

*LesTravailleurs unis du commerce et de l'alimentation (TUAC) représentent plus de 240 000 membres au Canada.

vendredi 13 juillet 2007

Lettre ouverte à Henri Massé sur Rabaska

Un lecteur de ce blogue m'a envoyé cette lettre ouverte au président de la FTQ. N'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires, communiqués et informations...

Confrère Massé,





Je suis extrêmement déçu de votre position sur Rabaska. J’avais déjà exprimé un point de vue contraire au vôtre et à notre Centrale dans une critique de la position d’À Bon Port, que la FTQ soutient, parue dans le Journal de Québec (avant le lock out) il y a quelques mois. Je reste sur mon opinion d’alors.

La revendication de travail pour nos membres sera encore longtemps légitime. Tout aussi longtemps que le travail sera une rareté engendrée par le système capitaliste pour mettre en concurrence les travailleurs et garder bas les salaires. Nous aurons longtemps encore à réclamer que ce travail salarié ne soit pas acheté à vil prix par les entrepreneurs et propriétaires des moyens de production. La question de Deschamps sur les « unions qu’ossa donnent ? » a trouvé une réponse parmi les ouvriers eux-mêmes.

Mais il faudra bien un jour aussi réclamer une sorte de travail qui ne soit pas une menace à l’humanité entière, un travail qui, en nous permettant de continuer de gagner notre vie honorablement, ne mettra pas en péril l’avenir même de la planète. Déjà une partie de ce travail qui nous revient consiste à réparer les gaffes du passé. Je parle de la décontamination, par exemple, véritable exigence dans bien des chantiers. Nous réparons des erreurs malheureuses presque entièrement provoquées par une négligence aveugle devant les avertissements des écologistes. Il n’y a plus de morues à pêcher. La forêt québécoise a été saccagée et des milliers d’emplois perdus par ce genre d’insouciance. Pourtant, on est placé devant le fait aberrant que les affaires continuent pour les compagnies forestières. Domtar vient d’être vendu à un autre de ces avides encaisseurs de profit au détriment des emplois.

Vous étiez de la manifestation pour l’application de Kyoto. Vous constaterez avec moi la contradiction : Rabaska sera à la source d’une production de gaz à effet de serre que l’on tente de limiter par Kyoto, justement. Notre dépendance maladive ( Bush parle d’une « habitude » comme à une drogue dure) aux combustibles fossiles fragilise le climat et la planète entière. Il est hors de question, si nous voulons nous perpétuer comme espèce faisant partie de la nature elle-même, de continuer à miner sous nos pieds nos moyens d’assurer notre subsistance. Notre travail doit donc tenir compte, tout autant que notre sécurité et santé personnelles, de ce que nous détruisons d’écosystèmes qui nous maintiennent en vie. Verra-t-on un jour, inscrit dans nos conventions, le droit de refuser un travail polluant comme pour un danger pour notre survie personnelle ? C’est à souhaiter.

Mais pour le moment, il faut cesser l’aveuglement suicidaire qui nous fait réclamer un travail sans les considérations pour ses conséquences sur notre environnement. Vous vous souvenez peut-être des grandes mobilisations sur le désarmement nucléaire. Les pacifistes de la planète débattaient, comme le font maintenant les écologistes et les scientifiques, d’enjeux fondamentaux pour l’humanité. Pour ne pas que leurs revendications de désarmement heurtent les travailleurs qui exerçaient leur métier dans ce domaine, beaucoup de pacifistes ajoutaient à leurs exigences celle de la reconversion des usines d’armement au civil. C’était une manière de reconnaître que les demandes de travail pour notre classe étaient, non seulement légitimes, mais tout à fait compatibles avec une société humaine débarrassée du péril nucléaire. Nous avions donc devant nous des progressistes (le mot est à la mode) qui prenaient en compte les nécessités d’un travail rémunéré pour le plus grand nombre, y compris ceux qui risquaient de produire la plus imminente menace de l’hiver nucléaire et la survie même de l’espèce humaine.

Les questions écologiques peuvent paraître provoquer des débats sur le sexe des anges, mais il serait peu sage et risqué de les balayer sous le tapis comme des problèmes de peu d’importance : la forêt boréale québécoise y a goûté et nous nous en mordons tous les doigts en solidarité avec les travailleurs forestiers.

Je comprends mal qu’un syndicaliste averti comme vous l’êtes de ce que peut engendrer de méfaits le capitalisme sauvage, dans l’état où il est maintenant, ne manifeste pas plus d’intérêt pour ce qui motive bien des mesures écologiquement durables, le principe de précaution. Il faudrait aux ouvriers des explications éducatives sur ce principe qu’ils appliquent souvent en exerçant leur droit de refus d’un travail dangereux. Le courage d’expliquer les conséquences néfastes, reconnues par le BAPE, pour bien des nôtres, de l’édification d’un port méthanier à Lévis, ou où que ce soit ailleurs, révélerait un sens des responsabilités de longue portée que les ouvriers seraient les premiers à considérer comme un signe de clairvoyance, tout aussi pragmatique que celui pour leur sécurité-santé, de la part d’un leader qui sait pourtant s’affirmer et prendre position sur bien d’autres sujets controversés.

Il est regrettable que vous ne considériez l’opposition à Rabaska dans Lévis et au Québec que comme une sorte de précaution louable mais nuisible à une possibilité de travailler qui, elle, sera à coup sûr destructrice pour l’environnement planétaire. Ce sont des enjeux politiques que la FTQ aura bien un jour ou l’autre à prendre en compte si elle veut s’attirer un respect des écologistes ou de tous ceux qui sont à même de comprendre les exigences de travail pour nous, mais qui souhaitent aussi que ce travail soit avant tout utile au bien commun plutôt qu’à l’enrichissement d’une minorité de patrons incapables par eux-mêmes de peser le pour et le contre de leurs investissements même avec toute une batterie d’experts à leur service.

Ce travail salarié dont nous vivons devra bien trouver un jour aussi un aboutissement autre que la soumission perpétuelle des ouvriers aux acheteurs marchands de notre potentiel de construire. Eux qui s’aveuglent devant les préoccupations d’avenir pour l’humanité ( 37 % de l’économie des États-Unis, encore la plus polluante sur terre, est plus ou moins lié à l’armement) devraient au moins rencontrer sur leur chemin des syndicalistes et des ouvriers de base qui se soucient de voir un jour le salariat, ce « dernier esclavage », transformé en « une libre association des producteurs » maîtrisant leur destin, et comme travailleurs, et comme Québécois.



Solidaire quand même,



Guy Roy, toujours fier délégué syndical à la FTQ

jeudi 21 juin 2007

Se tirer dans le pied...

Ce n'est pas parce qu'on est syndicaliste, qu'on se gargarise de beaux concepts comme la justice sociale et l'équité salariale, qu'on peut pas être à l'occasion un beau salaud. Quiconque a déjà travaillé dans un milieu où se côtoient précaires et permanents, jeunes et vieux, sait que la défense des principes de base du syndicalisme n'est pas évidente. Quoi qu'on dise, le corporatisme et le manque de vision ont la vie dure! Il est navrant de constater à quel point certains sont prêt à scier la branche sur laquelle ils sont assis... entre autre en vendant à rabais les futurs membres pour défendre le pain pis le beurre de ceux qui sont en place. Et après on se surprend que "les jeunes" ne soient pas légion dans les assemblées syndicales!

Au milieu des années 1990, le gouvernement a imposé une coupe massive dans la masse salariale pour atteindre le déficit zéro. Fin renard, Lucien Bouchard --qui avait l'expérience des négos du secteur public à l'époque des grandes grèves des années 1970-80-- a imposé une cible sans proposer de méthode unilatérale. Autrement dit, il a laissé le soin aux syndicats de proposer eux-mêmes la façon de réduire la masse salariale. Les propositions ont variés. En santé, ça a été les départs massifs à la retraite (avec le résultat que l'on connaît). Le principe c'est que les jeunes au bas de l'échelle coutent moins chers que les vieux au top de l'ancienneté. Ça se défend et ça avait le mérite d'offrir des permanences à une cohorte de jeunes précaires. C'est sur que ce genre de mesure met tout le monde dans la marde, mais tout le monde reste égal.

Ce ne fut malheureusement pas le cas de tout le monde. Certains syndicats ont choisi de refiler la facture aux jeunes. Notamment les flics mais aussi les enseignant-es. Mal leur en pris puisqu'ils ont réussi le tour de force de créer un ressac des jeunes et un fort mouvement anti-syndical dans leurs propres rangs. À la CSQ, par exemple, on a négocié un gel d'un an de la progression dans l'échelle salariale dans la convention de 1997. 27 000 jeunes profs ont été touchés, ils ont collectivement perdu 66 millions (5 000$ par tête de pipe en moyenne). De ce 27 000 profs, 12 000 ont rejoint les rangs de l'Association de défense des jeunes enseignants du Québec et ont porté plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Ouch!

La cause vient de se régler (il y a un article dans Le Devoir là dessus). Au terme d'une saga qui a duré 10 ans, la justice en a déduit que c'était bel et bien un cas de discrimination en fonction de l'âge. Sauf qu'au lieu de rembourser les profs lésés, on va créer un budget spécial de 22 millions pour permettre le perfectionnement des profs touchés par la mesure. Bref, on créé encore plus de discrimination... En plus, le budget sera géré par un comité paritaire syndical-patronal ce qui fait dire à un des représentants des jeunes profs que «c'est comme confier la gestion du fonds d'indemnisation de Norbourg à Vincent Lacroix».

Selon Le Devoir, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui était également visée par la plainte en tant que signataire de la convention collective, souligne pour sa part qu'elle n'avait pas un grand pouvoir de négociation dans l'élaboration de l'entente. Bullshit! Elle a collaboré à une injustice et c'est elle-même mise dans la merde. Il y avait d'autres options. Elle aurait pu proposer des mesures touchant également l'ensemble des profs. Elle aurait aussi pu partir sur une bataille de principe. Quitte à se faire rentrer le règlement dans la gorge. Au moins, elle n'aurait pas collaboré. À l'époque, d'autres syndicats ont fait d'autre choix. Les infirmières, par exemple, ont fait une grève illégale. Elles ont mangé une volée mais le syndicat a gardé la tête haute et n'a pas été poursuivi par presque la moitié de ses jeunes. Une grève illégale n'était pas à la porté des profs? Re-Bullshit. À la même période, à peu près, l'Alliance des profs de Montréal a fait 3 jours de grève sauvage, toute seule!, sur la question de l'équité salariale. Il faut dire qu'aujourd'hui l'Alliance a claquée la porte de la CSQ (avec le tiers des profs de la CSQ, écoeurés de la collaborationite aigue de leur fédération). Avoir voulu garder ces principes, la CSQ aurait pu. Mais elle n'a pas voulu.

mercredi 20 juin 2007

Pendant ce temps chez Tetoine...

Antisyndicalisme primaire.

Les grands intellectuels du Québec ont encore sorti leur massue antisyndicale aujourd’hui.

Au menu: Une pauvre dame qui se fait battre dans le métro par son mari.

Les agents de surveillance du métro ne seraient pas intervenus.

Justification: Ce n’est plus notre mandat, il appartient maintenant à la police de montreal d’assurer la sécurité dans le métro.

Réflexe primaire de l’antisyndical de service:

Les agents de surveillance = le syndicat = la femme battue n’a pas eu d’aide à cause du syndicat.

Il y a des raisonnements que je ne comprendrai jamais.

/...la suite

mardi 12 juin 2007

Service essentiel renforcé : rejet syndical du projet de loi adéquiste

C'est sans surprise que les deux principaux syndicats représentant des employés des sociétés de transport en commun ont rejeté le projet de loi adéquiste visant à imposer 80% du service en cas de grève dans ce secteur. Populiste, opportuniste, simpliste, bâclé, les syndicalistes n'ont pas eu de mots assez dur pour dénoncer la dernière initiative antisyndicale de Dumont et Cie.

Une attaque frontale

Pour la FTQ et la CSN, le projet de loi adéquiste est une attaque frontale, ni plus ni moins. «C’est un projet de loi bâclé, rédigé dans un objectif purement opportuniste et populiste et qui dénote une méconnaissance grave du dossier», a lancé Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

«Mario Dumont se berce d’illusions s’il croit régler quoi que ce soit en s’attaquant à un des droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses. Le chef de l’ADQ joue aux apprentis sorciers. Son projet porte atteinte à la libre négociation, bouleverserait les relations de travail et s’attaque de façon insidieuse au droit de grève de milliers de salariés», a poursuivi le président de la FTQ.

Claudette Carbonneau, la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), renchérit : «Le projet de loi adéquiste ouvre la porte à des dérives importantes. Si on pousse le raisonnement du chef de l’ADQ, chaque fois que la population subirait quelque inconvénient d’une grève, elle pourrait demander à ce que le droit de grève des travailleurs soit retiré ! Un régime de relations de travail digne d’une république de banane ! Ce faisant, le chef de l’ADQ tente d’exacerber un antisyndicalisme primaire et de se faire du capital politique sur le dos des travailleuses et des travailleurs. C’est totalement inacceptable.»

L'ADQ n'a rien compris à la notion de service essentiel

Selon la CSN, le projet de loi adéquiste rompt l’équilibre qui existe depuis plus de 20 ans au Québec en matière de relations de travail. La CSN rappelle que le Code du travail reconnaît, en effet, que la notion de services essentiels doit être liée à la santé et à la sécurité des usagers et non aux inconvénients qu’ils subissent, et ce, conformément aux grandes conventions internationales du travail.

La FTQ affirme que Mario Dumont joue sur les mots et oublie volontairement la définition légale d’un service essentiel. «Au Québec, un service est jugé essentiel lorsque son absence met en danger la santé ou la sécurité de la population. Qu’une grève dans les transports en commun provoque des désagréments, c’est évident et c’est normal. Faire une grève qui ne dérange personne ne constituerait pas un moyen d’action très efficace pour les travailleurs. Ceci étant dit, on est loin d’une menace à la santé des citoyens», plaide Claude Benoît, président du syndicat des chauffeurs d'autobus et opérateurs de métro de la STM.

Rompre l'équilibre en faveur des patrons

La FTQ est d'avis qu'il n'y a rien qui justifie le projet de loi puisque ses membres à Montréal --les chauffeurs de bus et de métro-- n'ont pas fait grève depuis 20 ans. «Dans les deux dernières décennies, nos membres ont toujours réussi à s’entendre avec l’employeur. Des conventions négociées, sans conflit, ont toujours été signées. La formule actuelle est gagnante pour les deux parties», souligne Henri Massé.

Pour les syndicats, le projet de loi adéquiste rompt l'équilibre en faveur des patrons. «Comment voulez-vous régler un conflit avec 80% du service rendu? Cette mesure ne ferait que prolonger les conflits de travail et pourrir les relations entre les parties. Il n’y aurait plus de pression sur personne! Pas d’incitatif à régler ni pour une partie ni pour l’autre. Est-ce que c’est cela qu’on veut?», s’interroge le président de la FTQ.

Pour la CSN, les interventions de l'opposition officielle ont eu pour effet de politiser le conflit à la STM et d'envenimer la situation. Selon Claudette Carbonneau, «le populiste chef de l’ADQ, Mario Dumont, continue de trouver des solutions simplistes à des problèmes complexes. Il en remet après son intervention tout à fait inappropriée lors du conflit de travail à la STM, qui a initié une intervention tout aussi injustifiée et prématurée du gouvernement.»

Du côté de la FTQ, on souligne au passage (sans adhérer à l'idée) que si l'ADQ avait vraiment voulu respecter l'équilibre entre les parties, elle aurait proposé l'arbitrage obligatoire comme cela existe pour les pompiers à qui on refuse également le droit de grève. «Ce projet de loi n'apporte rien pour régler les conflits de travail potentiels et nie à toutes fins pratiques le droit de grève, ce qui pourrait faire en sorte qu'on se retrouve avec d'autres sortes de conflits larvés qui vont pourrir les relations du travail. La FTQ n'a jamais réclamé l'arbitrage parce que nous croyons à la libre négociation mais, encore une fois, mieux vaudrait l'arbitrage que les solutions amenées dans ce projet de loi» a déclaré Henri Massé.

Les deux centrales syndicales appellent les autres partis à battre le projet de loi.

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L'ironie du service essentiel

Il est tout de même ironique de voir les élus de l'Assemblée nationale se mêler d'intervenir dans les conflits touchant le transport en commun et prendre le parti des pauvres usagers. Après tout, en temps normal, ils s'en sacrent de ce service soit disant essentiel!

En effet, le gouvernement du Québec n'a eu de cesse depuis 15 ans de se désengager du financement du transport en commun. Soulignons que de 1991 à 2003 la contribution du gouvernement du Québec a diminué de moitié. Durant cette période, les municipalités ont presque dû doubler leur part de financement sans parler des hausses de tarifs refilées aux usagers. Si on avait appliqué la même logique à l'automobile, il y aurait aujourd'hui des postes à payage sur toutes les routes et tous les ponts !

Si jamais le gouvernement du Québec voulait revenir au niveau de financement de 1991, il faudrait qu'il injecte 500 M$ de plus par année en financement de base. Entre le désengagement gouvernemental et l'activisme syndical, on se demande bien ce qui perturbe le plus ce "service essentiel".

Y'a-t-il des alternatives à la grève?

Les syndicats du transport en commun carburent encore, comme les autres, au mythe de la grève générale illimitée. Force est d'admettre qu'à moins de vouloir (et pouvoir!) faire éclater l'encadrement légal du droit de grève, ce type de moyen de pression est de moins en moins efficace. La récente grève de Montréal a en ce sens battu tous les records : 8 heures de services par jour; 68% des usagers qui ne se disent pas incommodés par la grève; 70% des heures travaillés. Et pourtant, après seulement 36 heures, le gouvernement a sorti la menace d'une loi spéciale.

Même si tout est fait pour accommoder les usagers, il est clair que les médias ont les reins assez solide en cette période antisyndicale pour retourner l'opinion publique contre les syndiqués et présenter l'évènement comme une catastrophe naturelle. Dans ce contexte, nombreux sont les intervenants de gauche qui implore les syndicats de trouver une alternative à la grève. Il est évident que les syndicats doivent absolument travailler plus fort pour convaincre le public du bienfondé de leurs revendications. Cette fois le syndicat a tenté de parler aux médias. C'est un net progrès. Mais c'est insuffisant. Les syndiqués doivent également prévoir des moyens alternatifs d'information et au moins essayer de lutter un peu plus avant d'y aller pour la totale (je ne sais pas moins, multiplier les manifs, les actions, diffuser massivement des tracts au public, etc.) Mais tout cela ne remplace pas la grève...

L'idée qui ressort le plus en matière d'alternative est la gratuité. Outre le fait qu'elle place d'entrée de jeu les grévistes sur le terrain de l'illégalité (et donc les rends sujet à répression), cette idée ne peut s'appliquer qu'à une seule catégorie de grévistes : les chauffeurs et opérateurs de métro. Donc, c'est inaccessible pour les employés d'entretien. De plus, je n'ai pas de chiffres précis mais il y a fort à parier que la majorité des usagers voyagent avec des passes et ne paient pas chaque déplacement. Donc l'efficacité ne seraient pas nécessairement au rendez-vous (remarquez suffirait peut-être de tomber en grève au tout début du mois)... Bref, je ne suis pas convaincu.

Ceci dit, j'ai peut-être une idée concernant les employés d'entretien. Pourquoi ne s'inspireraient-ils pas de la fonction publique en faisant une grève totale mais ciblé la prochaine fois? Par exemple, ils pourraient fermer complètement le service de ménage et garder ouvert tout ce qui concerne l'entretien mécanique et la sécurité. Comme ça les usagers n'auraient aucune coupure de service mais le système serait de plus en plus sale et crasseux. Je suis à peu près sur que ça aurait autant d'impact que les grèves actuelles. C'est une idée comme ça...
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P.S.: quelqu'un pourrait-il dire à l'ADQ que les lois n'ont jamais empêchés les grèves dans le transport. Par exemple, à New York, les syndicats du transport en commun n'ont pas le droit de grève. Pourtant, il y a eu une grève illégale (et totale!) il y a tout juste deux ans. Quand la situation est assez pénible, les syndiqués trouvent toujours le courage de sortir, même si c'est suicidaire. Parlez-en aux infirmières...

samedi 9 juin 2007

Pendant ce temps chez Tetoine...

En attendant que j'en fasse une moi-même, voici l'analyse de Tetoine sur le projet de loi de l'ADQ sur les services essentiels en cas de grève dans les transports en commun. Ça m'apparaît très intéressant:

Analyse: ADQ, STM et services essentiels

L’ADQ propose un seuil de 80% pour le maintien du service de transport en commun en cas de conflit.

Résultat: Un mini projet de loi de 3 paragraphes.
Objectif: Rendre le droit de grève symbolique.
Comme dans le secteur de la santé.

Mais pourquoi avoir choisi le transport en commun ?

C’est d’actualité. Ça on le sait…

Voici la version officielle:

“Nous jugeons important que ces services deviennent de plus en plus essentiels”

Commentaire de M. Therrien, critique en matière de travail pour l’ADQ qui, soit dit en passant, n’a pas été en mesure de préciser combien de grèves il y avait eu dans ce secteur d’activité au cours des 10 dernières années.

Pour l’argumentaire, on repassera.

On doit ici mettre une chose au clair: Le recours au service essentiel est une exception, pas une règle.

Si les transports en commun y sont assujettis, c’est parce que les embouteillages causés par la grève pourrait empêcher des services vraiment essentiels pour la SÉCURITÉ et la SANTÉ des citoyens, comme les pompiers ou les ambulances.

Pas parce que c’est un service essentiel en soi.

Cette proposition de l’ADQ démontre que ce parti ne maîtrise pas la notion de service essentiel et la loi qui en a historiquement découlée.

Adopter cette législation, c’est beaucoup plus que rendre “vraiment essentiel ” un service qui “est de plus en plus essentiel”.

Adopter cette législation, c’est modifier le sens de l’application de la notion de service essentiel dans notre société.

Si c’est ce que l’ADQ veut faire, fine.

Mais pas par la porte d’en arrière.

Subtilement, secteur par secteur.

Avec un débat public, des comparaisons internationales, une consultation.

Vous voyez, le problème avec le fait de rendre une grève “symbolique”, c’est que l’on n’y accole pas d’alternatives.

La situation des mécaniciens d’autobus est-elle assez critique pour les comparer aux policiers? Pour qu’on y interdisent le droit de grève et qu’on impose l’arbitrage obligatoire?

Je ne crois pas.

Or, si l’on n’offre pas d’alternative, il faut se montrer prudent.

Laisser les parties négocier.

Prenez la grève des infirmières en 1999. Une jolie grève symbolique, avec la poursuite des négociations.

Comment cela a fini ?

Grève illégale (des infirmières !). Bras de fer. Loi spéciale.

Et vous vous demandez pourquoi les infirmières en sont ressorties amères, que plusieurs ont quitté leur emploi et que la profession cherche encore à redorer son blason ? Il n’y a pas que les retraites massives qui ont nuit au secteur de la santé…

Servir cette médecine à des cols bleus, c’est s’engager dans un bras de fer avec un syndicat combatif, fier, qui a des moyens et, au surplus, un rapport de force considérable.

L’ADQ peut choisir l’affrontement et le conflit si elle le désire.

Moi, entre une grève illégale menée par des cols bleus qui en font une question de principe et une grévette de 2-3 jours avec service soir et matin,

Je choisis la deuxième option.

jeudi 31 mai 2007

Une réflexion intéressante...

...sur l'impact de l'ouverture au privé de la santé, notamment sur la compétitivité des entreprises. C'est extrait du blogue de Tetoine :

(...)Il me semble que selon l’adage, le recours à l’assurance privé pourra permettre à des citoyens de fréquenter des cliniques alternatives, de désengorger le système public et ainsi permettre une diminution des dépenses reliés à ce secteur. Cette dynamique permettra , éventuellement, de diminuer nos impôts et celles des entreprises, Non ?

Voilà qui pourrait soulager le “fardeau fiscal” des entreprises et nous assurer une meilleur “compétitivité”, Non ?

Et bien Non.

Non, Non et Non. Comme la poupée.

Ce qui me frappe toujours quand je vois le Conseil du Patronat s’époumonner sur le système de santé et la place que devrait y jouer le privé, c’est qu’il semble oublier qu’aux États-Unis, les entreprises ont souvent le lourd fardeau de défrayer les coûts des assurances de leurs employés.

Quoi que l’on en pense, pour une business, il est plus facile de prévoir la fluctuation du montant que l’on devra verser en impôt sur 10 ans que la fluctuation des coûts d’une assurance qu’elle devra défrayer. Surtour lorsque ce coût varie selon le nombre d’employés et les dépenses de l’année précédente.

D’ailleurs, les coûts astronomiques reliés à l’assurance-privé que le “Big Three” du monde de l’automobile devaient défrayer sont parmi les principaux facteurs ayant encouragé le développement d’usines en territoire canadien.

Ils étaient aussi une des sources de rigidité qui ont tant fait mal aux américains lorsqu’est venu le temps de se mesurer aux entreprises japonaises.

Bref, en matière de protections sociales, il n’y a pas 50 000 issues.

Si les coûts de ces protections ne sont pas financés collectivement par nos impôts, ces coûts seront alors transféré dans la sphère privé de nos activités quotidiennes.

Or, le milieu de travail demeure encore aujourd’hui un ancrage important en matière de financement des protections qui ne sont pas assurées par l’État.

Privatiser de telles protections, c’est envoyer dans le champ de la négociation collective un nouvel enjeu pour les travailleurs déjà regroupés collectivement.

(...) Privatiser de telles protections, c’est “imposer” un nouveau “fardeau” aux employeurs en ce qui a trait aux coûts reliés à leur main d’oeuvre.

En terme de relations de travail, cette décision gouvernementale pourrait être excessivement “divertissante”.

Dans l’étude des négociations, l’enjeu du paiement d’une assurance-santé privé par l’employeur mèneraient certainement à des discussion, des compromis et des conflits tout simplement “fascinant”.

Ceci dit, en tant que citoyen, je pense que ce choix ne serait pas très éclairé.

Ni pour les travailleurs, ni pour les employeurs.

mercredi 30 mai 2007

Comité Castonguay: des conclusions connues d'avance

Lettre ouverte du président de la FTQ suite à la création du Comité Castonguay sur la santé

Le gouvernement minoritaire de Jean Charest a confié à Claude Castonguay la présidence d’un nouveau comité de réflexion sur notre système de santé.

Les travaux ne sont pas encore commencés qu’on peut prédire avec exactitude l’orientation qu’y défendra monsieur Castonguay, puisqu’il l’a déjà détaillée dans une étude récente. En sept points, ses propositions vont du remaniement de la régie d’assurance maladie jusqu’à la révision de la Loi canadienne sur la santé, en passant par le développement de cliniques médicales, l’assurance privée généralisée et l’abolition de l’étanchéité entre le privé et le public.

Nous ne saurions en si peu d’espace examiner chacune de ces propositions, mais plusieurs affirmations laissent perplexe et méritent d’être relevées.

Les ressources hospitalières

M. Castonguay est d’avis qu’il faudrait rendre accessibles à la pratique privée, le soir et les fins de semaine, les blocs opératoires et les équipements de laboratoire et de radiologie, qui sont « nettement sous utilisés ». Cela, dit-il, générerait des revenus additionnels pour le système public et réduirait la demande de soins et les temps d’attente.

La proposition, aussi séduisante puisse-t-elle paraître, se heurte à une réalité têtue : les ressources humaines sont insuffisantes pour réaliser un tel projet. Nous assistons actuellement à une pénurie de médecins et de personnel de la santé. Le ministre Couillard l’a dit en Commission parlementaire : même si plusieurs voulaient opérer plus de 6 heures par jour et plus d’une journée par semaine, on ne peut utiliser davantage les blocs opératoires en raison du manque d’anesthésistes, d’inhalothérapeutes, d’infirmières, etc.

La proposition de Castonguay repose sur l’existence de ressources humaines suffisantes pour faire fonctionner des ressources matérielles sous-utilisées. Ce n’est pas le cas.

Les assurances privées

Pour l’ex-banquier, qui dit s’appuyer sur une étude de l’OCDE, « rien ne permet d’affirmer que l’accès aux soins de santé, dans les pays où l’assurance privée occupe une place importante dans le financement de la santé, est inéquitable envers les plus pauvres ».

Notre propre lecture de l’étude de l’OCDE nous conduit cependant à une autre compréhension, puisque d’entrée de jeu, l’OCDE affirme que dans la plupart des cas, l’assurance privée pose « des problèmes considérables d’équité et de maîtrise des coûts ».

«Dans les systèmes duplicatifs, par exemple, l’assurance maladie privée offre à ceux qui peuvent se le permettre un niveau de soins, de choix et de rapidité d’accès supérieur à ce qu’offre le système public. Les assurés d’un régime privé peuvent en particulier bénéficier de délais plus courts pour la chirurgie élective. Mais rien ne permet de dire que cela réduit du même coup les temps d’attente dans le secteur public, qui est le seul choix possible pour les catégories à faible revenu.» (op. cit., p. 3)

Par ailleurs, l’assurance privée n’aurait à peu près aucun effet sur la qualité des soins et services, les assureurs étant beaucoup plus préoccupés par la rentabilité que par la qualité des prestations qu’ils financent. De surcroît, elle aurait pour effet d’accroître la dépense totale de santé, sans soulager pour autant la charge des budgets publics (op. cit., p. 5).

Une étude récente du Commonwealth Fund vient de démontrer qu’avec le système de santé le plus coûteux au monde, les États-Unis, au premier rang des pays qui recourent à l’assurance privée, témoignent d’une sous performance chronique en terme de soins de santé, particulièrement en matière d’accès, de sécurité, d’efficacité et d’équité. L’étude compare les systèmes de santé de l’Allemagne, de l’Australie, du Canada, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni.

Près de 50 millions de citoyens américains ne bénéficient d’aucune couverture, faute de revenus suffisants pour se la payer. Il n’est donc pas étonnant de voir dans certains États dont le Massachusetts, un mouvement grandissant pour l’instauration d’un système public universel.

Nous invitons les employeurs du secteur privé à y penser à deux fois avant d’adhérer à l’ouverture sur une assurance privée qui ne manquera pas, comme le démontre amplement l’expérience aux États-Unis, d’exercer une pression énorme sur les coûts. Une chose est certaine, les travailleurs n’accepteront pas que les cadres obtiennent un tel bénéfice à même les revenus des entreprises, sans avoir une contrepartie dans leur convention collective.

Quelle solution ?

Nous avons déjà eu l’occasion de nous prononcer sur le problème du financement de notre régime de santé et de services sociaux, lors des travaux du comité Ménard et lors de la consultation parlementaire autour de l’affaire Chaoulli. À la FTQ, nous préconisons :

• Une caisse santé séparée du fonds consolidé de la province et constituée d’entrées fiscales à la mesure des revenus des contribuables (particuliers et entreprises), selon un système progressif, sans aucun montant fixe universel et sans plafond, afin que chacun puisse mettre l’épaule à la roue pour la préservation de notre système public.
• La mise en place d’une véritable politique énergétique qui dégagerait une marge de manœuvre à dédier à la santé et qui respecterait la capacité de payer des plus démunis.
• Le retour des transferts fédéraux à leur niveau de 1983 et sous la forme de points d’impôt, dédiés aux services publics qu’ils sont supposés financer.

Le financement de nouveaux travaux dont l’issue est déjà connue consiste ni plus ni moins qu’à jeter de l’argent par les fenêtres. Ce qui, somme toute, n’est pas nouveau.

mardi 29 mai 2007

Le SFPQ réagit: Ça suffit, « Camarade » Hébert!

Réplique du président général du SFPQ, Michel Sawyer, à la chronique de Michel Hébert, publiée le 28 mai 2007, dans les pages du quotidien MédiaMatinQuébec.

Si certains pouvaient encore penser que les prises de position antisyndicales à répétition du chroniqueur Michel Hébert pouvaient lui être imposées par son patron Québécor, ils peuvent maintenant constater que tel n'est pas le cas. Depuis quelques semaines, le journaliste syndiqué en lock-out publie une chronique dans le MédiaMatinQuébec, où il continue à discréditer les syndiqués de la fonction publique. Dans sa chronique du 28 mai dernier, il se surpasse en démagogie en utilisant les chiffres publiés dans le dernier budget de madame Jérome-Forget d'une façon qui ne relève plus de l'opinion politique, mais plutôt d'un manque de rigueur journalistique.

Ainsi, M. Hébert affirme que « la dette [du Québec] de 125,2 milliards est constituée à 50 % de ce que nous aurons à payer pour les employés de l'État à la retraite. On en sera à 63,8 milliards l'an prochain ». Le camarade Hébert a pris cette information à la section J, page 15, du Plan budgétaire 2007-2008 du ministère des Finances. Faut-il en rire ou en pleurer, mais il n'a pas regardé la colonne « Fonds d'amortissement des régimes de retraite », que le ministère a pris la précaution de mentionner qu'il fallait soustraire, car il s'agit d'un fonds de réserve accumulé pour couvrir les prestations de retraite à venir. Le passif net du régime de retraite de l'ensemble des employés du gouvernement du Québec sera donc plutôt de 26,6 milliards. La part de la dette qui correspond à ce que le gouvernement aura à payer à ses employés à la retraite est donc de 20 % et non pas de 50 %, comme l'écrivait Michel Hébert. Une bagatelle erreur de 37,2 milliards permettant de faire passer la moitié de la dette du Québec sur le dos des employés de la fonction publique... encore une fois.

D'autre part, Michel Hébert ajoute que : « Du 1er avril 2006 au 31 mars 2007, ceux qui en paient [de l'impôt] ont versé près de 18,2 milliards en impôts. C'est 827 millions de plus que ce qui avait été prévu ». Bien sûr, et vous savez pourquoi? Il suffit d'aller voir à la page C.12 du document précédemment cité. On peut y lire en toutes lettres que cette augmentation provient en partie de « l'impact des ajustements rétroactifs d'équité salariale versés aux employés de l'État avant le 31 mars dernier ». Un détail qui n'apparaît pas sur l'écran radar du chroniqueur : les employés de l'État paient aussi des impôts à même leurs salaires!

Dans l'univers du journaliste Michel Hébert, il semble que les sommes collectées par l'État sortent « de nos poches » comme si nous n'avions absolument rien en retour... Pas d'éducation, pas de soins de santé, pas de services publics... L'an prochain, le fisc collectera 18,1 milliards dans nos poches, dit-il, 12,5 milliards en taxes à la consommation et 2,2 milliards en amendes et tarifs... Il serait important que Michel Hébert fasse savoir à ses lecteurs qu'en retour de ces sommes, ils reçoivent des services et que cet argent n'est tout de même pas brûlé à l'incinérateur de Québec!

Michel Sawyer
Président général
Syndicat de la fonction publique du Québec

lundi 28 mai 2007

À signaler - une réflexion sur la grève à la STM

Une réflexion intéressante tirée d'Arsenal-express*, un bulletin coco (ne soyons pas sectaires!).

Grève des employéEs d'entretien à la STM
À QUI PROFITE L'UNANIMISME?


RéuniEs en assemblée générale après quatre jours de grève, les employéEs d'entretien de la Société de transport de Montréal (STM) ont donc été contraintEs de retourner au travail, sous la menace d'une loi spéciale et face au rouleau compresseur de l'appareil d'État, de la bourgeoisie et des médias qui se sont ligués pour faire apparaître une "opinion publique" unanimement hostile à leur endroit.

Il est toujours épeurant de voir avec quelle facilité l'appareil idéologique de la bourgeoisie réussit, quand il s'y met, à mélanger le vrai et le faux et à créer un "mouvement d'opinion" tel que le moindre argument rationnel se trouve désormais exclu du débat public. Ce phénomène, on l'a constaté jusqu'à en avoir la nausée au cours des derniers mois dans tout le "débat" sur la question des accommodements raisonnables. Le seul fait que ce soit les mêmes grandes gueules ayant alimenté pendant des mois la peur des immigrantEs qui ont sonné la charge contre les "privilégiéEs" de la STM devrait mettre la puce à l'oreille de quiconque possède encore des réflexes de classe quant aux enjeux du récent conflit.

Il suffit d'un bref coup d'œil au journal La Presse pour constater à quel point les médias ont façonné ce qu'ils appellent "l'opinion publique". Dans son édition de samedi, le quotidien présentait les résultats d'un sondage réalisé auprès de 1 029 personnes habitant sur l'île de Montréal ou dans ses banlieues nord et sud. On y apprenait que 68% des personnes interrogées n'ont subi aucun impact négatif pendant les quatre journées de grève à la STM. (Soit dit en passant, ce résultat fait ressortir toute la difficulté de l'exercice du droit de grève dans les secteurs public et parapublic, compte tenu des exigences de la loi réactionnaire sur les "services essentiels" qui imposa en l'espèce la poursuite du service pendant pas moins de huit heures par jour: on ne peut plus tellement parler de "grève" dans de telles conditions!)

Ce résultat, plutôt surprenant pour quiconque a entendu les jérémiades de tous ceux qui ont parlé "au nom des usagers de la STM" au cours de la dernière semaine, est venu corroborer les propos de l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, rapportés dans la même édition de La Presse, qui affirme que la grève n'a eu qu'un "faible impact économique". Cela n'a pourtant pas empêché le quotidien de coiffer l'article sur les résultats du sondage d'un titre ("Une grève contrariante") contraire à la nouvelle qu'il rapporte!

Si 68% des personnes sondées ont dit n'avoir subi aucun impact de la grève, 62% d'entre elles (une "très vaste majorité", selon La Presse) se sont néanmoins prononcées en faveur d'une loi d'exception pour forcer le retour au travail: trouvez l'erreur! Qu'en dépit de l'atmosphère hystérique ayant régné dans les médias, 38% des gens se soient quand même opposés à l'adoption d'une loi spéciale constitue une donnée appréciable.

Ainsi donc, bien des gens se sont improvisés porte-parole des usagers du transport en commun et des travailleurs à faible revenu. Bien sûr, parmi ces gens qui ont déversé leur fiel sur les "gras durs de la STM", bon nombre n'utilisent jamais le transport en commun et jouissent de revenus et de conditions de travail incomparablement supérieurs aux employéEs de la STM. Un morningman tel René Homier-Roy de la Société Radio-Canada, avec ses trois mois de vacances d'été, ses deux semaines de vacances aux Fêtes, sa semaine de vacances à Pâques, son vendredi de congé une semaine sur deux, et plus encore (on allait oublier la semaine de relâche!), gagne certainement un peu plus (sic) que le fameux 42 000$ par année des employéEs d'entretien qui entrent au service de la STM. C'est vrai que ce démagogue "respectable" (par opposition aux André Arthur et Jeff Fillion de ce monde) sait ce que c'est que la pauvreté et la précarité: n'anime-t-il pas une "guignolée" une fois par année? Comme disait l'autre, si les conditions de travail sont si bonnes à la STM, pourquoi ne va-t-il pas y faire application? Il pourrait enfin se rendre utile.

Sur la scène politique, sans aucune surprise, l'ADQ de Mario Dumont, qui possède une habileté remarquable pour flairer l'odeur de fumier dès qu'il s'en présente une, fut le premier parti à appeler à l'adoption d'une loi d'exception. Le premier ministre Charest, qui, a-t-on appris, aurait subi une délicate opération après sa réélection lors de laquelle on lui aurait retiré la colonne vertébrale, lui a tout de suite emboîté le pas. Quant au PQ, eh! bien il semble qu'il ait été trop occupé à faire semblant de vouloir renverser le gouvernement Charest sur le budget et à dérouler le tapis rouge pour sa "chère Pauline" pour daigner s'opposer à la menace d'une loi spéciale.

Les grands médias, les partis bourgeois, les organisations patronales, les "think tank" néo-libéraux et les crosseurs de toute espèce: tout ce beau monde qui, en tant normal, n'hésite jamais à chier sur les plus démuniEs, s'est soudainement porté à leur rescousse. Étrange que tout cela... Comme si le fait de geler les salaires des employéEs d'entretien de la STM allait améliorer un tant soit peu la condition des travailleurs et travailleuses les plus pauvres. Voyons donc... Si la bourgeoisie trouve que les employéEs de la STM sont trop bien payés, c'est précisément parce que cela crée une pression à la hausse sur les salaires de tous et toutes; si elle rêve de démanteler le syndicat et la STM comme service public, c'est parce qu'elle sait que cela facilitera la poursuite de son offensive visant à appauvrir la totalité du prolétariat -- à commencer par ceux et celles qui sont déjà les plus exploitéEs.

En s'attaquant aux grévistes de la STM, les élites bourgeoises ont affiché tout leur mépris à l'endroit des ouvrières et ouvriers -- ces individus méprisables qui n'ont même pas de diplôme universitaire (quelle horreur!). Ce sont "ces gens-là", pourtant, qui assurent le fonctionnement d'un service essentiel aux profits des capitalistes: un service qui permet d'entasser et de conduire dans les parcs industriels les milliers de prolétaires dont le travail va enrichir le capital, à chaque jour; un service dont la planification est conçue sur mesure pour satisfaire les besoins des gros commerçants qui dépendent de la clientèle qui utilise les transports en commun (vous en connaissez beaucoup, vous, des grands édifices à logements et des HLM dans les quartiers pauvres qui ont une station de métro directement dans leur sous-sol?). Pourquoi ces travailleurs et travailleuses, qui entretiennent le matériel et les infrastructures de la STM et qui ramassent les déchets (et parfois même la merde, littéralement) qu'entraîne l'opération du système, n'auraient-ils pas droit à un salaire décent et à une protection minimale contre la hausse du coût de la vie?

Avec tout ce battage médiatique, on en est donc arrivé à cette navrante situation qui voit les assistées sociales et les travailleurs au bas de l'échelle (du moins, une partie d'entre eux) se plaindre de ce que les employéEs d'entretien ont "trop de privilèges". Parallèlement, il est probable qu'une partie de ces derniers trouvent que les assistés sociaux ne sont que des fainéants! Et d'un côté comme de l'autre, il y en a pour penser que les immigrantEs viennent voler nos jobs et troubler nos "bonnes vieilles valeurs canadiennes françaises".

Est-ce trop demander de s'arrêter et de se poser la question, à savoir qui gagne et qui perd, dans tout ça? À qui profitent toutes ces divisions? Qui, au fond, avait intérêt à mépriser et écraser les employéEs d'entretien de la STM, qui sont des travailleurs et des travailleuses comme nous tous et nous toutes?

Il est temps pour nous, travailleurs et travailleuses, de commencer à penser et à agir comme une classe, tous et toutes uniEs contre notre ennemi commun, la bourgeoisie!

- Un prolétaire de Montréal


Photo: une partie des syndiqué-es lors de l'AG qui a mit fin à la grève.

* Arsenal-express est une liste de nouvelles à faible volume qui présente les points de vue du PCR.

Pour vous abonner: rendez-vous sur le site Web du PCR.

mercredi 9 mai 2007

À signaler - Défendre le droit de négocier

Le Devoir publie jeudi matin une lettre ouverte au président de la CSQ.

Extraits :

(...)"La liberté syndicale, la liberté de négocier, n'est pas la propriété des organisations syndicales. C'est la liberté de milliers de personnes salariées que portent les organisations syndicales et qu'elles doivent défendre et protéger sans relâche."

(...)"Les conséquences des positions tyranniques du gouvernement sont considérables. Elles ne peuvent qu'encourager l'arrogance et l'autoritarisme des employeurs locaux (commissions scolaires, cégeps, hôpitaux. etc.) et créer un climat étouffant et démotivant. Les gestes du gouvernement ayant un effet d'entraînement sur toute la société, son attitude pollue l'ensemble des relations du travail au Québec."

Cliquez pour lire l'intégral...

mardi 8 mai 2007

Inadmissible

Le salaire minimum toujours sous le seuil de la pauvreté

Lettre d'opinion publiée dans le quotidien le Journal de Montréal le 7 mai 2007

Le gouvernement Charest rejette l'idée d'emboîter le pas à l'Ontario, qui s'est engagée à augmenter à 10,45 $ l'heure le salaire minimum d'ici trois ans. Le gouvernement choisit plutôt de maintenir plus de 129 000 salarié-es québécois sous le seuil de la pauvreté.

Le nouveau ministre du Travail, David Whissell, a qualifié « d'avancement important » la dernière hausse qui fait passer le salaire minimum de 7,75 $ à 8 $ l’heure.

Je tiens à signaler au ministre que cette hausse permet à peine de maintenir le pouvoir d'achat des petits salariés. Pour une personne qui travaille 40 heures par semaine à 8 $ l'heure, la hausse de 25 cents représente un faible ajustement de 10 $, portant ainsi son salaire à 320 $ par semaine ou 16 640 $ par année, salaire qui se retrouve toujours à 21 % sous le seuil de faible revenu établi par Statistiques Canada. C’est inadmissible dans une société qui se veut juste et équitable.

Le ministre déresponsabilise les entreprises lorsqu’il utilise l’argument du coût de la vie faisant miroiter que le logement, l’électricité, les services de garde, l’assurance médicament coûtent moins cher au Québec qu’en Ontario. Il s’agit de choix de société que les Québécoises et les Québécois ont faits, dont les entreprises profitent tout autant que les salariés.

L'État est responsable

Sur une question aussi sensible que le salaire minimum, tout le monde doit se responsabiliser. L’État est responsable de la qualité de vie des citoyens. Il doit leur consentir un salaire minimum décent. C’est ainsi que le gouvernement devrait instaurer une formule de redressement qui permettrait, sur un certain nombre d'années, de hausser le taux horaire de base au niveau du seuil de faible revenu. Nous ne parlons pas, ici, de choc économique mais d’un étalement dans le temps. Il s’agit d’encourager la responsabilité sociale des entreprises.

Monsieur le ministre, ne soyez pas démagogue. Je vous rappelle que l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une loi visant à contrer la pauvreté et l’exclusion sociale. Ne pas fixer d'échelon et aller au cas par cas, année après année, pour réviser le salaire minimum, c’est maintenir les petits salariés du Québec dans un état de pauvreté.

Compétitivité ?

Il convient ici de distinguer les entreprises qui opèrent sur le marché québécois de celles qui sont en concurrence avec des entreprises étrangères. Pour les premières, la question de la compétitivité ne se pose pas puisqu’elles évoluent dans le même environnement. Autrement dit, la législation du salaire minimum les affecte de façon égale. Une très grande majorité des salariés au salaire minimum (90 %) travaillent dans des entreprises très peu soumises à la concurrence étrangère. Ces entreprises se retrouvent essentiellement dans l’hôtellerie, la restauration et le commerce de détail. L’argument de la compétitivité peut difficilement être invoqué.

64 cents de l'heure

Quant aux secteurs comme le textile, le vêtement ou le meuble, comment pourrions-nous concurrencer le salaire minimum en vigueur en Chine, qui est de 64 cents l’heure? À la CSN, nous misons plus sur la qualité, la recherche, l’innovation et le développement de créneaux à valeur ajoutée. Il serait fondamentalement injuste que, pour des questions de compétitivité étrangère, les petits salariés québécois portent seuls les conséquences économiques de la mondialisation, alors qu’elles devraient être réparties sur l’ensemble de la société.

Claudette Carbonneau
Présidente
Confédération des syndicats nationaux